Quelles étaient les circonstances et motivations de la fondation des lieux de culte antiques ? Qu’est ce qui présidait au choix des dieux ? Quels étaient les agents et les processus d’exécution de la genèse des temples ? Quels étaient les critères qui prévalaient dans le choix des sites sacrés ou les modalités d’installation d’un temple sur des structures existantes ? L’enquête proposée dans cet ouvrage sur la naissance des dieux dans l’Antiquité méditerranéenne, à forte tonalité archéologique et présentant des dossiers inédits pour une grande part, permet de proposer un bilan collectif sur les multiples implications de la formation des lieux de culte dans l’Antiquité, en partant de la documentation fournie par les sanctuaires compris non pas seulement comme des lieux de culte, mais également comme des lieux de cristallisation de la mémoire collective des sociétés antiques. Un tel sujet, exploré dans le cadre d’un colloque organisé à Rome en 2015, se prêtait particulièrement bien au programme de recherches commun des Écoles françaises d’Athènes et de Rome qui proposait de réfléchir sur les lieux de culte. En partant des fouilles et études menées par les deux Écoles depuis le XIXe siècle, l’objectif annoncé de ce programme est avant tout de faire dialoguer l’Est et l’Ouest méditerranéen, souvent séparés par les cloisonnements disciplinaires de l’histoire et l’archéologie grecque et romaine, voire provinciale.
Au cœur de Thasos, entre Artémision et Dionysion, l’Éphorie de Kavala et l’École française d’Athènes, avec la collaboration des universités de Lille et d’Athènes, explorent conjointement depuis 2002 une exceptionnelle demeure protobyzantine, détruite en 620 ap. J.-C., ainsi que la puissante stratification sous-jacente. Ce programme de recherche a livré une moisson d’informations touchant à toutes les périodes de lʼhistoire de Thasos, en remontant à travers treize siècles d’occupation continue jusqu’à la période précoloniale, dans les dernières décennies du viiie s. av. J.-C. : les résultats relèvent aussi bien de l’archéologie protohistorique que de l’archéologie classique et de l’archéologie protobyzantine. Les nouveautés les plus marquantes concernent la vocation métallurgique de la présence indigène thrace aux débuts de l’occupation du site, la permanence architecturale absolument unique d’un édifice public puis privé de l’époque archaïque jusqu’à l’époque protobyzantine, et les circonstances de la fin de l’Antiquité à Thasos.
Le carnet de l'Association française d'études sur les Balkans / The Blog of the French Association of Balkan Studies